Premier conflit de l’histoire à impliquer autant de nations, la Première Guerre mondiale – dont on célèbre l’armistice le 11 novembre, a causé la mort de plus de dix millions de combattants et de civils, et bouleversé durablement les équilibres mondiaux. Retour en vingt dates sur les événements qui ont marqué celle qui devait être « la der des ders » mais ne le fut malheureusement pas.

28 juin 1914 : assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo

Le prince héritier de l’empire austro-hongrois François-Ferdinand d’Autriche (50 ans) et son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg (46 ans), sont victime d’un attentat à Sarajevo (actuelle Bosnie-Herzégovine) perpétré par Gavrilo Princip, un étudiant nationaliste serbe qui leur tire dessus avec un pistolet. Cette date du 28 juin avait été considérée comme une provocation par les Serbes car c’était le jour anniversaire de leur défaite face aux Ottomans à la bataille de Kossovo en 1389 qui allait conduire à 450 ans d’occupation turque sur leur territoire. Après s’être assurée du soutien de l’Allemagne, son alliée la plus puissante, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet. Le jeu des alliances va alors conduire à un embrasementprogressif de la situation en Europe. Membre de la Triple Alliance avec la France et la Grande Bretagne, la Russie apporte son soutien à la Serbie.

31 juillet 1914 : assassinat de Jean Jaurès à Paris

Après avoir passé la journée à la Chambre des députés et au ministère des Affaires étrangères pour essayer d’empêcher le déclenchement des hostilités, le député socialiste du Tarn Jean Jaurès, chantre du pacifisme, est tué de deux coups de feu au Café du Croissant à Paris par Raoul Villain, un étudiant nationaliste. Jaurès s’apprêtait à rédiger un long plaidoyer contre la guerre et d’en appeler à une grève générale dans un éditorial pour L’Humanité dont les locaux étaient tout proches du café. Cet assassinat finit de convaincre la gauche de se rallier à l’Union Sacrée prônée par Raymond Poincaré, alors président de la République. Dès le lendemain, 1er août, la mobilisation générale est décrétée après la déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie. La machine est en route.

3 août 1914 : déclaration de guerre de l’Allemagne à la France

Deux jours après avoir déclaré la guerre à la Russie, l’Allemagne en fait de même avec la France, alliée des Russes, et envahit aussitôt la Belgique pour prendre de cours les troupes françaises. Le but est de mener une guerre-éclair afin de ne se concentrer que sur le front russe, l’armée allemande étant supérieure en nombre et en matériel à l’armée française. Le général en chef français Joffre, qui s’attendait à un affrontement aux frontières de l’Alsace-Lorraine, organise une retraite générale. Le lendemain, 4 août, c’est au tour de la Grande Bretagne d’entrer en guerre contre l’Allemagne en réaction à l’invasion de la Belgique.

6-11 septembre 1914 : première bataille de la Marne

Sûrs d’eux après le recul de Joffre, les Allemands contournent Paris et se dirigent vers la Marne. Au prix d’un effort gigantesque, les troupes françaises et britanniques vont les arrêter net durant cette bataille qui dure près d’une semaine sur un arc de 225 km allant de l’est Parisien à Verdun (Meuse). C’est à cette occasion que plus de 600 taxis parisiens, les fameux « taxis de la Marne », sont réquisitionnés par le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, afin d’accélérer le transport des troupes. Les troupes allemandes doivent finalement reculer de 40 à 80 km. C’est le début de la guerre de tranchées. On passe de la guerre de mouvement à la guerre de position.

5 octobre 1914 : premiers duels aériens

La guerre ne se conduit désormais plus seulement sur terre et sur mer mais aussi dans les airs. Ce 5 octobre marque une première quand un biplace Aviatik allemand est abattu à la mitrailleuse par le biplace Voisin de Frantz (pilote) et Quénaut (mécanicien-mitrailleur). Le « Baron Rouge » allemand Manfred von Richtofen (80 victoires) et le Français René Fonck (75 victoires) se montreront les plus impitoyables dans cet exercice qui a élevé ces « chevaliers du ciel » au rang de légendes.

Le Bréguet XIV, un avion de reconnaissance et de bombardement utilisé lors de la bataille de Verdun.
Le Bréguet XIV, un avion de reconnaissance et de bombardement utilisé lors de la bataille de Verdun. © lesfrancaisaverdun-1916.fr

22 avril 1915 : première utilisation d’un gaz toxique

Au mépris de la convention de La Haye signée en octobre 1907, les Allemands lancent la première attaque aux gaz toxiques asphyxiants contre des soldats français et canadiens, entre Bixscoote et Langemarck, près d’Ypres (Belgique). Le gaz prend alors le surnom d’ypérite, ultérieurement appelé « gaz moutarde » en raison de son odeur et des effets qu’il produit sur les muqueuses. Au total, les Allemands utiliseront ce procédé une cinquantaine de fois entre avril 1915 et septembre 1917 et les Français une vingtaine de fois à partir d’avril 1916.

25 avril 1915 : début de la bataille des Dardanelles

À la suite de l’entrée en guerre des Turcs aux côtés des Allemands et des Austro-Hongrois le 1er novembre 1914, et sur une idée suscitée entre autres par Winston Churchill, un corps expéditionnaire franco-britannique débarque sur la presqu’île de Gallipoli, à l’entrée du détroit des Dardanelles, en Turquie. Le but est de s’emparer de Constantinople et de rouvrir les liaisons maritimes avec les ports de la mer Noire pour ravitailler la Russie. Mais l’effet de surprise ne prend pas et les Turcs vont repousser cette première tentative ainsi qu’une seconde au mois d’août. L’opération coûtera la vie à 180 000 soldats dont 30 000 Français et mettra sur le devant de la scène un colonel dénommé Moustafa Kémal, le futur Atatürk.

7 mai 1915 : le paquebot britannique Lusitania est torpillé par les Allemands

Au large de Kinsale en Irlande, un sous-marin allemand U-20 coule le paquebot britannique Lusitania. Ils le soupçonnent de transporter secrètement des munitions. Sur les quelque 2 000 personnes à bord, 1 200 trouvent la mort, dont 128 Américains parmi lesquels figure le millionnaire Alfred G. Vanderbilt. Même si ce torpillage provoque un vif émoi aux États-Unis, les Américains n’entreront en guerre qu’en janvier 1917 aux côtés de la Triple-Entente.

23 mai 1915 : l’Italie déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie

Jusque-là membre neutre de la Triple-Alliance qui la liait aux Allemands et aux Austro-Hongrois, l’Italie fait volte-face et déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie. C’est le début du conflit dans les Alpes. Les Italiens espèrent mettre la main sur certaines régions au nord de l’Adriatique (Sud-Tyrol, Trentin, Istrie, Dalmatie). Ils n’obtiendront qu’une partie de ces territoires une fois la guerre terminée.

21 février – 18 décembre 1916 : bataille de Verdun

Le général Erich von Falkenhayn veut « saigner l’armée française » qu’il veut fixer sur ce site pour l’empêcher de mener une offensive de grand envergure prévue dans la Somme. Un million d’obus pleuvent en 24 heures dans le secteur de Verdun. Les Allemands progressent, mais des poches de résistance se constituent dans les lignes arrière françaises. Des hommes et du matériel sont acheminés en masse grâce à la Voie sacrée qui relie Bar-le-Duc à Verdun. Les attaques vont se succéder pendant des mois et la bataille ne prend fin que le 18 décembre, date à laquelle la plupart des positions perdues ont été réinvesties par l’armée française. Au total, 160 000 Français sont morts ou disparus, 143 000 chez les Allemands. Plus de 60 millions d’obus ont été tirés sur une période de dix mois dans « l’enfer de Verdun ».

Des soldats français montent à l'assaut lors de la bataille de Verdun en 1916.
Des soldats français montent à l’assaut lors de la bataille de Verdun en 1916. © Archives/AFP

9 mars 1916 : accords Sykes-Picot sur le Moyen-Orient

Au beau milieu du conflit, le conseiller auprès du Foreign Office Mark Sykes et le diplomate français François Georges-Picot se rencontrent en secret à Londres après des mois d’échanges épistolaires entre Français et Britanniques pour signer ce document destiné à dépecer l’Empire ottoman, allié des Allemands. Malgré les promesses d’indépendance faites aux Arabes, la France et la Grande-Bretagne procèdent à un redécoupage du Moyen-Orient. Cent ans plus tard, à l’exception de la Palestine et de la Transjordanie devenue Jordanie (la déclaration Balfour de novembre 1917 prévoyant la création d’un « Foyer national juif »), les lignes créées par les accords Sykes-Picot sont toujours en place, tant bien que mal.

1er juillet – 18 novembre 1916 : bataille de la Somme 

Alors même que l’est de la France est sous un déluge de feu, une offensive franco-britannique est lancée sur le front allemand de la Somme, au nord de Paris. Des dizaines de milliers de Britanniques avancent dans le no man’s land. En l’espace d’une journée, l’infanterie britannique perd près de 20 000 soldats, beaucoup d’entre eux étant des engagés volontaires n’ayant jamais connu l’expérience du feu. Cette bataille est la plus importante de la guerre. Pour la première fois de l’Histoire, des chars d’assaut (blindés) sont utilisés par des militaires (à partir de septembre, du côté britannique). Les combats durent jusqu’en novembre. Ils font environ 200 000 morts britanniques, 66 000 côté français, et près de 170 000 tués dans l’armée allemande, soit plus de 400 000 morts au total, une véritable boucherie.

6 avril 1917 : entrée en guerre des États-Unis 

Après avoir essuyé plusieurs revers sur le front de l’ouest, l’Allemagne engage une guerre sous-marine à outrance dans l’Atlantique à partir de début février. Les attaques visent tous les navires se rendant au Royaume-Uni, y compris les navires marchands américains. À la même période, les Américains interceptent un télégramme envoyé par le ministre allemand des Affaires étrangères Arthur Zimmermann donnant instruction à l’ambassadeur allemand à Mexico d’entrer en contact avec le gouvernement mexicain pour lui proposer une alliance contre les États-Unis. En échange, le Mexique récupèrerait le Texas, l’Arizona et le Nouveau-Mexique perdus dans la guerre de 1846-1848. Le 2 avril, le président Woodrow Wilson s’adresse au Congrès et lui demande de voter une déclaration de guerre contre l‘Allemagne, ce qui est fait le 6 avril. Les premières troupes américaines débarquent à Saint-Nazaire le 28 juin 1917. À la fin de la guerre, plus de 2 millions de soldats américains sont en Europe, un apport déterminant.

16 avril 1917 : bataille du chemin des Dames 

Reportée à plusieurs reprises, « l’offensive Nivelle » (du nom du général qui dirige les opérations) débute le 16 avril à 6h00 du matin dans le secteur du chemin des Dames, situé entre Reims et Soissons, qu’il estime mal défendu. Cette offensive frontale va s’avérer un échec sanglant car les Allemands ont été renseignés. Après une relance le 5 mai, le fiasco est définitif trois jours plus tard. Le 15 mai, Nivelle est remplacé par Pétain à la tête de l’armée française. Cette défaite donne lieu aux premières mutineries dans l’armée française. Des unités entières de 30 000 à 40 000 soldats refusent d’aller au combat. Au total environ 3 500 condamnations à mort sont prononcées mais seulement entre 60 et 70 seront exécutées selon les historiens.

7 novembre 1917 : révolution bolchévique en Russie

Épuisée par l’effort de guerre et minée par la faillite de l’État, la Russie sombre dans le chaos alors que les désertions s’accumulent au sein de son armée. Sous l’impulsion de Lénine, les bolcheviks s’emparent du palais d’hiver à Petrograd le 7 novembre, c’est le début de « la Révolution d’octobre » (car le 7 novembre correspond au 25 octobre dans l’ancien calendrier julien qui avait cours en Russie). Trotski négocie un armistice avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie le 5 décembre, accord de paix qui entre en vigueur le 15 décembre.

La Révolution d'octobre personnalisée par Lénine va conduire à l'Armistice germano-russe.
La Révolution d’octobre personnalisée par Lénine va conduire à l’Armistice germano-russe. Universal History Archive/Getty Images

8 janvier 1918 : les 14 points de Woodrow Wilson

Sentant que la victoire de dessine, le président américain Woodrow Wilson expose ses buts de guerre lors d’un discours prononcé devant le Congrès. Son plan comporte quatorze points, dont une partie seront repris dans le Traité de Versailles un an et demi plus tard, notamment la restitution de l’Alsace et de la Lorraine à la France. Il veut aussi assurer la liberté de navigation sur les mers, garantir la naissance de nouveaux États par l’auto-détermination des peuples et créer une Société des nations (SDN).

3 mars 1918 : traité de Brest-Litovsk entre l’Allemagne et la Russie

L’Armistice du 15 décembre n’ayant été signé que pour trois mois, les troupes allemandes et austro-hongroises profitent du chaos de la révolution bolchévique pour avancer en territoires russe et ukrainien dans un pays totalement démobilisé. Craignant de perdre des régions riches de l’ex-empire et de devoir engager à nouveau la Russie dans une guerre à l’issue incertaine, Lénine accepte de signer le traité de Brest-Litovsk, du nom de cette ville située près de la frontière actuelle entre la Pologne et la Biélorussie. L’accord de paix prévoit entre autres le désengagement total de la Russie vis-à-vis de ses alliés et la cession de plusieurs territoires dont les Pays Baltes à l’Allemagne, le sud du Caucase à l’Empire Ottoman et d’accorder son indépendance à l’Ukraine. Désormais, les Allemands peuvent se concentrer sur le front de l’ouest.

Juillet 1918 : seconde bataille de la Marne

En Picardie, puis en Champagne, les Allemands cherchent à rompre le front avant l’arrivée des troupes américaines et lancent plusieurs offensives. Au mois de juillet débute ainsi la seconde bataille de la Marne. Les combats qui font rage dans le nord-est de la France tournent à l’avantage des alliés. Dirigés par Foch, ils lancent de nombreuses contre-offensives et l’aide américaine s’avère déterminante : l’effectif du corps expéditionnaire commandé par le général Pershing s’élève à 1 million d’hommes en août 1918. Les Allemands ne cessent de perdre du terrain. Le 8 août est un « jour de deuil pour l’armée allemande », selon le chef d’état-major Erich Ludendorff.

11 novembre 1918 : signature de l’armistice

Sachant la guerre perdue, l’empereur allemand Guillaume II abdique le 9 novembre. Les généraux allemands signent l’armistice le 11 novembre à 5h15 du matin, dans un wagon stationné dans la forêt de Compiègne (Oise), la France étant représentée par le maréchal Foch et le général Weygand. L’accord de paix est validé à 11h00 heures, le cessez-le-feu intervenant ainsi à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918. L’Armistice n’est en réalité valide que pour 36 jours et il sera renouvelé d’1 mois à trois reprises avant que, le 16 février, les parties concernées se donnent rendez-vous à la fin juin pour ratifier le traité de paix dans la galerie des Glaces du château de Versailles, à l’endroit même où avait été proclamé l’empire allemand en 1871 par Guillaume 1er et Bismarck.

Le maréchal Foch (2e en partant de la droite) entouré des signataires du traité à la sortie du « wagon de l’Armistice », le 11 novembre 1918.
Le maréchal Foch (2e en partant de la droite) entouré des signataires du traité à la sortie du « wagon de l’Armistice », le 11 novembre 1918. © STR / AFP

28 juin 1919 : signature du traité de Versailles

Le traité de paix entre la République de Weimar et les Alliés est signé le 28 juin, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, près de Paris. La date n’est pas anodine : le 28 juin renvoie au jour anniversaire de l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand en 1914.  Le traité établit les sanctions prises à l’encontre de l’Allemagne et de ses alliés de la Triple-Alliance mais ce châtiment, très lourd, porte déjà en lui les germes de la Seconde Guerre mondiale qui se déclenchera vingt ans plus tard. En un peu plus de quatre ans, le conflit aura coûté la vie à plus de 10 millions de combattants et fait 20 millions de blessés.


LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE EN CHIFFRES

Plus de 70 pays belligérants

Ce chiffre est quelque peu anachronique, la plupart de ces pays n’étant pas encore indépendants mais intégrés aux six empires ou puissances coloniales – Grande-Bretagne, France, Russie, Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman– au centre du conflit. En fait, seules une dizaine de nations indépendantes se retrouvent en guerre à l’été 14, les autres rejoignant le conflit progressivement, à l’instar de l’Italie en 1915 ou des États-Unis en 1917. Mais elles rassemblent plus de 800 millions d’habitants, la moitié de la population mondiale de l’époque. Une vingtaine de pays seulement parviendront à demeurer neutres tout au long du conflit, pour l’essentiel en Amérique latine et en Europe du nord.

70 millions de soldats

Quelque 20 millions d’hommes sont mobilisés par les belligérants au début de la guerre en 1914, mais ce chiffre va croître régulièrement, pour arriver à un total de 70 millions sur l’ensemble du conflit. Plus de 8 millions d’hommes seront mobilisés en France, 13 millions en Allemagne, 9 millions en Autriche-Hongrie, 9 millions en Grande-Bretagne (colonies comprises), 18 millions en Russie, 6 millions en Italie, 4 millions aux États-Unis. Deux millions de soldats seront recrutés dans l’empire britannique – surtout en Inde – et dans les colonies françaises d’Afrique et Afrique du nord (600 000 hommes).